La vie de l’atelier

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L’atelier accueille à nouveau des céramistes qui travaillent sur la base de la technique du colombin de Francine Del Pierre : Olivia d’Albis qui dispose déjà d’une bonne expérience du modelage bénéficie d’une opportunité unique de découvrir la céramique. Elle travaille avec la bienveillante complicité de Marie Saint Bris-Bouyer, céramiste, ancienne élève de Fance et grande connaisseuse du Japon. Les premiers fours ont été réactivés sous la supervision discrète et assurée de Jean-Claude Fein qui a été chef de fabrication de la Manufacture de Sèvres pendant de nombreuses années. Cette activité de l’atelier a vocation à s’accroître dans le temps et à s’ouvrir à d’autres céramistes et à d’autres techniques, l’Atelier disposant d’un équipement très complet.

Extrait de l’éditorial de Jean d’Albis.

Propos sur les cours de céramique dispensés par Fance Franck

Après avoir eu quelques mois pour réfléchir sur la méthode de travail de céramique que Fance Franck nous a transmise pour apprendre à monter un bol en grès suivant les principes élaborés par la céramiste Francine Del Pierre. Tia Kummerfeld, Carole de Durfort et moi-même avons été unanimes pour décrire ainsi ce que nous apprend cet enseignement. Le travail de la terre tel que Fance Franck nous l’a transmis, semaines après semaines avec la même ardeur, les mêmes gestes, la même patience, les mêmes mots toujours précis et toujours justes, nous a ouvert à un monde intérieur plus proche de nos personnalités respectives. Cette méthode, nous l’appliquons finalement tout naturellement à d’autres versants de notre quotidien, ainsi se développe cette sensation que l’art que nous pratiquons s’imbrique dans notre vie en son entier et nous structure de l’intérieur. Lorsque Fance nous rapporte que Francine Del Pierre considérait qu’une pièce était pratiquement terminée si sa base et son pied était bien faits, nous le croyons bien volontiers et ce travail de construction nous affine doucement le regard et le geste jour après jour. Considérant nos gestes impatients ou nos moments de découragements, nous nous rendons compte pourtant que nous sommes profondément attachées à cette méthode rigoureuse, répétitive et lente car elle nous mène vers une liberté du geste et du cœur qui nous comble. Ce qui nous donne le désir de pratiquer cet art de plus en plus. Tout réside dans la recherche d’un geste juste, entre retenue et déploiement de sa propre force pour développer une énergie qui est sienne. C’est cette tension donnée à la terre qui offre toujours elle aussi sa réponse, qui donne vie et énergie à chaque objet. Ce travail nous familiarise avec notre souffle et notre rythme propre. Un art du mouvement, comparable à la danse. Une pratique qui nous conduit à mieux nous connaître et à faire bon usage de notre force. Cette technique nous demande d’exécuter ainsi des gestes précis et efficaces. Fance Franck aime à employer le mot efficace comme sujet « L’efficace » qui selon elle nous conduit vers un vrai travail personnel et juste. Ce travail régulier de montage aux colombins qu’avait ritualisé Francine Del Pierre donne à chacun sa gestuelle, toujours plus riche telle une voie. Le geste répétitif devient naturel enfin comme une écriture. Pour créer un objet, l’on convient d’un dessin précis, d’une ligne, d’une courbe que l’on suivra en s’y tenant. C’est une décision qui est prise avec une vraie détermination qui implique une rigueur et une exigence du regard très intense. Pourtant, suivre cette ligne, nous rend plus libre et nous laisse entrevoir que l’art de la céramique peut être pratiqué comme une voie emprunte de spiritualité. Cette méthode basée sur l’extrême simplicité du geste et du regard emmène chacun vers différents horizons qui lui sont propres, sur le chemin d’une plus grande vérité. Un travail en profondeur où l’imaginaire a toute sa place. Nous aimons découvrir toujours plus combien la céramique est un art, créé pour célébrer la vie. Un art au quotidien. Un art des réceptacles et de la convivialité La céramique peut être considérée aussi comme un art anthropomorphique à part entière bien que stylisé et c’est amusant de relever les termes qui y ont traits comme un précieux clin d’œil. Ne parlons nous pas de pieds, de panse, de col, de lèvre… et ceci dans de nombreuses langues. Un art synthétique et universel.

Marie Saint Bris-Bouyer

Printemps 2006

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