L’œuvre de Fance Franck

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Manufacture Nationale de Sèvres,1975 © Jean Vertut et Valérie Winckler.

Comme un bateau, dont le moyen même d’exister est son vide qui crée la forme de son « accueil à la mer », pour un vase c’est « la juste dilatation de son espace intérieur », le « développement parfait de son creux », son « mode respiratoire » qui déterminent ses limites et lui donnent la vérité de son accueil à la lumière. Fance Franck

Élève de Francine Del Pierre, Fance Franck adopte sa technique. La base de son travail est donc le modelage : les pièces sont modelées à partir de colombins, rouleaux d’argile que l’artiste aplatit et préforme un à un et qu’elle ajoute à la paroi en cours de construction, donnant ainsi la courbe exacte, prévue grâce aux dessins et études préparatoires, qui va donner à l’œuvre son volume. Comme Francine Del Pierre, Fance Franck travaille sur l’évolution des formes. Elle revient instinctivement à des tracés qu’elle retravaille et qu’elle décline de manière différente selon les qualités de la matière utilisée : terre cuite, et aussi, à partir de 1966, grès ou porcelaine grâce à l’acquisition d’un four à gaz. Plutôt que des formes figées, parfaites, rigides, ce qui touche Fance Franck, c’est le renouvellement offert par les multiples variations possibles d’une forme donnée. Les pièces qui en résultent ne sont jamais deux fois identiques car elles sont sans cesse modifiées par d’infimes déviations, dérivations, altérations progressives que l’œil prend ensuite plaisir à retracer.

Après l’exploration des formes, se pose le choix du revêtement et de la disposition du décor. Là aussi, Fance Franck reprend et prolonge les recherches de Francine Del Pierre, pour laquelle le traitement réservé aux surfaces est un complément indispensable de l’élaboration des formes. Ainsi les infinies variations de couleur, d’éclat, d’intensité de la couverte, la façon dont elle épouse les reliefs et les creux fait surgir la forme des pièces dans la lumière. Quant au choix du motif, il « donne un sens » à la pièce. Il peut immobiliser une forme en lui conférant une stabilité harmonieuse ou au contraire « lancer la dynamique d’une paroi » comme le motif des chevaux courants. Pour Fance Franck, comme pour Francine Del Pierre, le but est de souligner l’aspect tridimensionnel de la pièce. Un même motif répété à divers endroits, structure les pièces différemment selon la manière dont il est disposé sur la forme. Les motifs, comme les divers traitements des surfaces, contribuent ainsi à construire la forme, à lui donner une de ses vies possibles ; Pour Fance Franck, ils justifient qu’en poterie on revienne à une même forme, que l’on réutilise pour tenter de découvrir la variété des vies qui lui sont inhérentes.

Lorsqu’en 1968 commença sa collaboration avec la Manufacture de Sèvres, Fance Franck approfondit cette réflexion. À la Manufacture, le but était de produire et de reproduire une même forme en de nombreux exemplaires. Cela allait à l’encontre de son désir qui était de créer à chaque fois une pièce unique. Mais la collaboration avec la Manufacture se révéla en fait très riche. Contrairement aux autres artistes, peintres, sculpteurs ou graveurs qui donnaient un modèle que réalisaient ensuite les techniciens de la Manufacture, Fance Franck collaborait au processus de création : dessin, mise au point et réalisation en terre cuite du modèle, décor, émaillage, cuisson. Elle motiva toute l’équipe des techniciens qui participèrent avec enthousiasme à la création de ses œuvres.

L’œuvre rouge

L’une des retombées de ce travail de collaboration fut la redécouverte fortuite du « rouge frais » de la cour impériale des Ming. Dès 1969, elle se livra à des expérimentations de couvertes au rouge de cuivre sur des pièces en porcelaine dure. C’est en 1972, au vu des premiers résultats que, John Alexander Pope et Margaret Medley conservateur de la Percival David Foundation de Londres trouvèrent une grande ressemblance avec les pièces Ming… alors que Fance Franck n’avait pas du tout cherché à les reproduire. Elle était très intriguée par le fait que ses essais à Sèvres avaient donné des rouges aussi variés, du rouge au brun en passant par le rose ; Elle emporta donc ses essais à Londres pour les comparer avec les pièces chinoises à la Percival David Foundation, au British Museum et au Victoria et Albert Museum. Entre 1972 et 1979 elle poursuivit ses recherches. Elle constata, et les découvertes archéologiques à Jingdezhen confirmèrent son hypothèse, que l’un des secrets du « rouge frais » chinois venait de l’utilisation d’un petit four, comme celui qu’elle installa dans son atelier, four dont l’atmosphère est plus homogène et plus aisée à contrôler. À partir d’une simple coïncidence, la curiosité, la rigueur et l’opiniâtreté de Fance Franck, ont ainsi permis la renaissance du « rouge frais » né en Chine au XVe siècle.

La céramique répond à ce désir qui anime l’artiste (Fance Franck utilise le terme de longing, aspiration forte parce que chargée d’espérance) d’exprimer sa sensibilité au monde, justement parce qu’elle lui permet de ressentir concrètement et d’exprimer son émotion, de la donner à voir. Au créateur comme au spectateur, elle donne le sentiment d’être en présence de ce qui nous fait être pleinement.

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